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Marie Baltazar. Du bruit à la musique. Devenir organiste (Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2019, Pp. 273. Coll. « Ethnologie de la France et des mondes contemporains », 38. ISBN: 978-2-7351-2535-7).

  • Emmanuel Bernier

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  • Emmanuel Bernier
    Université Laval et Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec

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Cover of Volume 41, Number 2, 2019, pp. 3-191, Ethnologies

Le dernier volume de la collection « Ethnologie de la France et des mondes contemporains », publié par les Éditions de la Maison des sciences de l’homme, propose une enquête sur le métier d’organiste en France. Organiste à ses heures, mais aussi chercheuse associée au Centre d’anthropologie sociale (CAS) du laboratoire interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires (LISST, Université Toulouse 2 – Jean Jaurès/CNRS/EHESS), Marie Baltazar a effectué une recherche sur le terrain en deux temps, d’abord de 2003 à 2007, puis en 2017, dans le cadre d’une thèse de doctorat. L’auteure s’est entretenue avec une quarantaine d’organistes d’Alsace et du Sud-Ouest, notamment dans le cadre de stages et de concerts, des musiciens tantôt professionnels confirmés ou en devenir, tantôt amateurs. Elle s’appuie également sur quelques sources écrites comme des récits de vie et des traités d’organologie. Comme le signale d’emblée le titre, l’ethnologue s’intéresse au processus qui fait que l’on devient organiste, une transformation qui implique un passage du chaos (le « bruit ») à l’art (la « musique »). Les neuf chapitres retracent les mécanismes présidant à la découverte, puis à l’apprentissage de cette machine complexe que Balzac a qualifiée de « plus magnifique de tous les instruments créés par le génie humain ». Les trois premiers chapitres, respectivement intitulés « Ravissements », « Initiations » et « Transmissions », traitent du point zéro du processus, soit celui des premiers contacts avec l’instrument. Pour les plus vieux, la voie royale pour monter à la tribune était de commencer comme servant de messe ou choriste (chapitre 2) ou de se faire initier par un membre de la parenté (chapitre 3). Dans une société largement sécularisée comme l’est la France actuelle, la connaissance de l’orgue se fait toutefois de plus en plus par d’autres moyens. Pour certains, c’est une musique d’orgue entendue à la télévision ou à la radio qui suscite les premiers émois. Pour d’autres, c’est l’aspect visuel monumental de l’instrument, souvent juché à des hauteurs impressionnantes, ou la complexité de la console, avec ses innombrables touches, pédales et boutons, qui attire l’attention. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un coup de foudre immédiat. Le quatrième chapitre, intitulé « Un monde d’hommes? », explore l’ethos organistique par la lorgnette du sexe. Si les jeunes hommes, que l’auteure estime naturellement attirés vers les grosses machines, seraient plus enclins à aller vers l’instrument à tuyaux pour « en imposer » (94), les femmes auraient un rapport plus détaché à l’orgue. Le cinquième chapitre, « Le goût du vacarme », postule pour sa part que l’apprentissage de l’orgue consiste en une domestication de la virilité, qui s’affirmerait d’abord par un goût immodéré pour le tutti (le son le plus fort de l’instrument), avant que le musicien en herbe n’apprenne, par l’intermédiaire de son professeur, à « cuisiner les sons » (titre du chapitre 6), autrement dit à assimiler « l’art subtil de la registration », c’est-à-dire comment mélanger les différentes sonorités de l’instrument de manière harmonieuse. Pour être un musicien accompli, l’organiste doit également savoir « faire parler les tuyaux » (titre du chapitre 7). L’orgue étant par nature un instrument foncièrement inexpressif (il est impossible de faire des nuances par la seule force du toucher, comme au piano), il convient de développer un toucher adéquat qui permettra, en tenant compte de l’acoustique, de varier le jeu à l’infini. Au chapitre 8, « La part du diable », Marie Baltazar traite de l’imaginaire autour de l’instrument, souvent synonyme, pour le commun des mortels, de films d’horreur et de marches nuptiales. Le personnage du souffleur, qui a disparu avec l’arrivée des souffleries …