FR:
Cet article relate l’histoire du Groupe Action-Alimentation, un atelier de travail créé par le Carrefour d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles dans les années 1970. Il décrit comment, dans un contexte néolibéral, les participantes et leur animatrice principale militent pour le droit à l’alimentation. Elles exposent l’expérience de la faim, elles affirment les compétences des femmes à faible revenu en matière de diététique, de cuisine et de consommation, elles emploient le langage du droit, elles dénoncent l’usage de la charité et elles critiquent l’État et les entreprises privées. Cette recherche illustre comment les participantes à cet atelier perçoivent, qualifient et interprètent leur réalité, comment elles manifestent leur conscience de classe et leurs convictions au sujet de leur droit à la santé, à la dignité et au bien-être. Nous observons que cette résistance locale à la marginalisation sociale et économique a eu un impact sur les prises de position endossées par les professionnelles de la nutrition et, ultimement, sur certaines politiques québécoises, adoptées au début des années 2000, visant à atteindre la sécurité alimentaire. Cette contribution à l’histoire des droits économiques, sociaux et culturels analyse les propos de femmes qui ont refusé d’individualiser le problème de l’alimentation chez les plus démunis et qui ont plutôt dénoncé la marchandisation des biens essentiels.
EN:
This article tells the story of the Groupe Action-Alimentation, a workshop created by the Carrefour d’éducation populaire of Pointe-Saint-Charles in the 1970s. It describes how, in a neoliberal context, the participants and their main facilitator advocate for the right to food. They expose the experience of hunger, they affirm the skills of low-income women in matters of dietetics, cooking, and consumption, they use the language of law, they denounce the use of charity, and they criticize the state and private companies. This research illustrates how the participants in this workshop perceive, qualify, and interpret their reality, how they manifest their class consciousness and their convictions about their right to health, dignity, and well-being. We observe that this local resistance to social and economic marginalization had an impact on the positions taken by nutrition professionals and, ultimately, on certain Quebec policies aimed at achieving food security, adopted in the early 2000s. This contribution to the history of economic, social, and cultural rights analyzes the words of women who refused to individualize the problem of food among the most deprived and who instead denounced the commodification of essential goods.