FR:
Cet article présente une analyse du rythme aksak dans l’opéra Svadba (Mariage) pour six voix de femmes a cappella, de la compositrice montréalaise Ana Sokolović. Composé en 2011, Svadba dépeint les origines serbes de la compositrice à travers l’influence du folklore balkanique, exprimé par la richesse des couleurs et la complexité des rythmes, dont le rythme aksak, un élément distinctif de la musique balkanique. Après une mise en contexte de la genèse de l’opéra, les différentes propriétés du rythme aksak sont démontrées à l’aide de terminologies et de théorisations tirées de la littérature antérieure sur le sujet, notamment par Béla Bartók (1981 [1938]), Constantin Brăiloiu (1951), Jérôme Cler (1994, 1997) et Simha Arom (2004), et sont illustrées par des représentations visuelles inspirées des travaux de Godfried Toussaint (2019). L’article examine comment Sokolović revisite ce rythme issu de la musique traditionnelle dans un contexte de musique contemporaine, par exemple en utilisant des transformations sérielles fréquemment employées avec les hauteurs de notes. L’analyse aborde plus spécifiquement les manières dont Svadba incorpore le rythme aksak dans des passages tirés de la scène 1, « Girlfriends sing to Milica », et dans la section « Dance » de la troisième scène, « Love Suit ». L’irrégularité rythmique est observée à la fois dans des tempos lents et rapides, ce qui montre que le rythme aksak conserve ses qualités asymétriques dans différents contextes, ce qui est sujet à débat dans la littérature scientifique. Dans cet article, l’autrice se penche également sur les effets musicaux et expressifs occasionnés par l’utilisation du rythme aksak dans des scènes spécifiques de l’opéra, ainsi que sur l’interaction entre musique traditionnelle et musique contemporaine.
EN:
This article presents an analysis of the aksak rhythm in the opera Svadba (wedding) for six women’s voices a cappella, by the Montreal composer Ana Sokolović. Composed in 2011, Svadba depicts the composer’s Serbian origins through the influence of Balkan folklore, expressed in the richness of colors and complexity of rhythms, particularly the aksak rhythm, a distinctive element of Balkan music. Following a contextualization of the opera’s genesis, the various properties of the aksak rhythm are demonstrated using terminologies and theorizations drawn from previous literature on the subject, including by Béla Bartók (1981 [1938]), Constantin Brăiloiu (1951), Jérôme Cler (1994, 1997) and Simha Arom (2004), and are illustrated with visual representations inspired by the work of Godfried Toussaint (2019). The article examines how Sokolović revisits this rhythm derived from traditional music in a contemporary music context, for example by using serial transformations frequently employed in pitch analysis. More specifically, the analysis demonstrates how Svadba incorporates the aksak rhythm in passages taken from scene 1, “Girlfriends sing to Milica”, and in the “Dance” section of the third scene, “Love Suit”. Rhythmic irregularity is observed in both slow and fast tempos, showing that the aksak rhythm retains its asymmetrical qualities in different contexts, a point of debate in the scientific literature. In this article, the author also examines the musical and expressive effects of using the aksak rhythm in specific operatic scenes, as well as the interaction between traditional and contemporary music