TTR
Traduction, terminologie, rédaction
Volume 38, Number 1, 1er semestre 2025 Redéfinir la traduction ? Fluctuations historiques, nouvelles pratiques et épistémologies en devenir Redefining Translation? Historical Fluctuations, New Practices And Epistemologies in the Making Guest-edited by Hélène Buzelin and Christine York
Ce numéro thématique est dédié à la mémoire de Denise Merkle
This thematic issue is dedicated to the memory of Denise Merkle
Table of contents (14 articles)
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Presentation
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Le temps mythique de la traductologie
Michael Cronin
pp. 24–44
AbstractFR:
Dans son dernier ouvrage, L’Inexploré (2023), Baptiste Morizot parle de l’avènement d’un nouveau régime du temps. Pour qualifier cette période de remise en cause fondamentale de la nature des relations entre les êtres humains et la Terre, il emprunte un concept aux traditions animistes, le temps mythique. Pour Morizot, « le temps mythique […] se caractérise par la prolifération des êtres de la métamorphose, et qui annonce qu’on doit, qu’on va passer d’un monde à l’autre, au sens de nos relations avec les êtres qui le peuplent » (2023, p. 32). Les êtres de la métamorphose sont ceux dont nous ne savons plus la nature, le statut, ni quelle relation envers eux stabiliser. Faut-il considérer des montagnes comme des personnes morales? Est-ce que l’exploitation des animaux d’élevage constitue le dernier crime d’esclavage et de cannibalisme institutionnalisé? Comment penser l’identité de l’être humain si on lui reconnaît la qualité d’holobionte, c’est-à-dire celle d’un être vivant constitué non seulement de ses propres cellules, mais aussi d’une quantité de micro-organismes qui lui sont associés (bactéries, champignons, virus) (Muséum nationale d’Histoire naturelle, 2024)? On peut se demander, en ce qui concerne la traduction, si on n’est pas également entré dans ce temps mythique où les êtres de la métamorphose n’arrêtent pas de se présenter. De nos jours, qu’est-ce qu’on entend désormais par « langue », « culture », « traduction » dans nos débats sur les pratiques de traduction? À l’heure de la crise écologique, des poussées populistes, et de l’intelligence artificielle, est-ce qu’on peut encore identifier avec certitude la nature et les objets de la traductologie? Qu’est-ce qui pointe à l’horizon, la minorisation inexorable de notre profession ou un vaste élargissement du champ des possibles?
EN:
Baptiste Morizot in his most recent work L’Inexploré (2023) discusses the advent of a new era. By way of describing this fundamental calling into question of the relations between humans and the planet Earth, he borrows the concept of mythical time from animist traditions. For Morizot, “mythical time [...] is characterized by the proliferation of metamorphic beings, and which indicate that we must, that we are, passing from one world to another with respect to our relationships with the beings that populate the world” (2023, p. 32; my trans.). Metamorphic beings are beings where we do not understand their nature, their status, or how to stabilize our relationships with them. Should mountains be considered as moral beings? How do we think about human identity if humans are recognized as holobionts, or multispecies ecosystems inhabited by bacteria? As far as translation is concerned, what do we now understand by the words, “language,” “culture,” “translation” in debates around translation practices? In the era of the climate crisis, rising populism, and artificial intelligence, can we identify with certainty the nature and the objectives of translation studies? What is on the horizon, the inexorable minoritization of the discipline or a radical expansion in intellectual possibility?
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Pour une conceptualisation intuitive et durative de la traduction
Salah Basalamah
pp. 45–74
AbstractFR:
Cet article examine les fondements épistémologiques de la traductologie, opposant deux paradigmes principaux : une approche spatialisante et une conception durative de la traduction. La première perspective, dominante, repose sur des métaphores de déplacement et de transfert matériel, limitant la traduction à un acte de transport linéaire entre deux points fixes. Cette approche, marquée par un biais anglo-centrique, tend à ignorer la primauté de la dimension temporelle du processus traductif.
Inspirée par la notion de durée chez Henri Bergson, la conception durative proposée ici valorise la fluidité temporelle du phénomène traductif. Plutôt qu’un simple transfert de contenu, la traduction devient un processus évolutif qui s’ouvre aux sens et aux évènements qui émergent et se transforment dans la temporalité dynamique et hétérogène du réel.
L’article explore également la dimension spirituelle de la traduction. S’appuyant sur les écrits de Bergson, Walter Benjamin et Douglas Robinson, il met en avant la notion d’« élan vital » et la capacité de l’intuition à transcender les limites spatialisantes du langage pour atteindre une vérité durative plus profonde du réel.
En conclusion, cet article plaide pour une redéfinition radicale du concept de traduction et du phénomène traductif qui élargit les horizons de la traductologie en valorisant la complexité et la richesse du réel, au-delà des cadres intellectuels traditionnels.
EN:
This article examines the epistemological foundations of translation studies, contrasting two main paradigms: a spatializing approach and a durative conception of translation. The dominant spatializing paradigm relies on metaphors of displacement and material transfer, reducing translation to a linear act of transport between two fixed points. This approach, shaped by an Anglocentric bias, tends to overlook the temporal dimension of the translational process.
Drawing on Henri Bergson’s notion of duration, the durative conception proposed here emphasizes the temporal fluidity of the translational phenomenon. Rather than merely transferring content, translation becomes an evolving process embracing the meanings and events that emerge and are transformed within the dynamic and heterogeneous temporality of reality.
The article also explores the spiritual dimension of translation. Drawing on the writings of Bergson, Walter Benjamin, and Douglas Robinson, it highlights the concept of “élan vital” and the capacity of intuition to transcend the spatializing limitations of language, thereby accessing a deeper, durational experience of reality.
In conclusion, the article advocates for a radical redefinition of the concept of translation that broadens the horizons of translation studies by valuing the complexity and richness of reality beyond traditional intellectual frameworks.
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Translating Ekphrastic Precarity
Christophe Collard
pp. 75–111
AbstractEN:
In his first-century AD Progymnasmata, Theon defines ekphrasis as bringing “what is illustrated vividly before one’s sight.” Today, the term tends to be more narrowly associated with literary descriptions of visual art. Either way, ekphrasis foregrounds a double representation given that “what [it] represents in words must itself be ‘representational ’ ” (Heffernan, 1993; my italics). The 2021 book Le tournoiement des ombres (The Swirling of Shadows, 2024) by American visual artist Holley Chirot and Luxembourg poet/gallerist André Simoncini could prima facie be considered a classic case of ekphrasis, with its 29 poems and equal number of engravings. The images, though, depict a dreamlike, enigmatic world of hybrid creatures in constant metamorphosis: half-beasts, half-humans, and sometimes half-objects that weightlessly form or float in chimerical places. Difficult as it is to “represent” a representationality so inherently precarious, the ekphrastic logic is further problematized by Simoncini’s poetic language in which vocables bounce off one another in a swirling storm of paradoxically hyper-precise lexicality. It is an invitation for the reader to engage with a self-reflexive work, reflect on the precarity of intersemiotic interpretations, and participate in a dialogue addressing the very fundaments of signification. A Luxembourg-Italian hybrid living and working in the multilingual microcosm of Luxembourg City, André Simoncini is also a translator by training. Accordingly, his poetic experimentation partly explains his predilection for precarity and defiance of dominant discourses. Grounded in an understanding of translation as a multidisciplinary balancing act, his work encourages its translators to reassess the fundamentals of their craft. This article retraces a practice-based journey—from recognizing the book’s intrinsic complexity to tackling its stylistic and epistemological challenges— with the aim of mining the work’s heuristic potential and expanding the translator’s conceptual toolkit.
FR:
Dans le Progymnasmata antique, Théon définit l’ekphrasis comme le fait d’amener « ce qui est illustré de manière vivante à notre vue ». Aujourd’hui, le terme est associé plus étroitement aux descriptions littéraires des arts visuels. Quoi qu’il en soit, l’ekphrasis met en avant une double représentation car « ce qu’elle représente en mots doit être à son tour “représentatif” » (Heffernan, 1993; je souligne; ma trad.). Le livre Le tournoiement des ombres (traduit en anglais par Christophe Collard, 2024) de l’artiste visuelle américaine Holley Chirot et du poète/galeriste luxembourgeois André Simoncini pourrait a priori être considéré comme un cas classique d’ekphrasis, dans lequel 29 poèmes accompagnent un nombre égal de gravures. Celles-ci dépeignent cependant un monde onirique et énigmatique de créatures hybrides en constante métamorphose, mi-bêtes, mi-humains et parfois mi-objets qui se forment en apesanteur ou flottent dans des lieux chimériques. Aussi difficile qu’il soit de « représenter » une représentativité si précaire, la logique ekphrastique est encore plus problématisée par le langage poétique de Simoncini, dans lequel les vocables rebondissent les uns sur les autres dans un tourbillon de lexicalité paradoxalement hyper-précis. Il s’agit en fait d’une invitation à s’engager dans une oeuvre autoréflexive, à méditer sur la précarité des interprétations intersémiotiques, et à s’immerger dans un dialogue portant sur les fondements mêmes de la signification. En tant qu’hybride luxembourgeois-italien, André Simoncini est en outre traducteur de formation, ce qui explique en partie sa prédilection pour le précaire et sa défiance à l’égard des discours dominants. Avec une compréhension fondamentale de la traduction comme exercice d’équilibre multidisciplinaire, son oeuvre encourage ses traducteurs à réévaluer les fondements de leur métier. Cet essai retrace justement ce cheminement issu de la pratique, depuis la complexité intrinsèque du livre jusqu’au traitement de ses défis stylistiques et épistémologiques, dans le but d’exploiter son potentiel heuristique et d’élargir ainsi la boîte à outils conceptuelle du traducteur.
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Towards Specialized Translator Studies in a Minority-Language Context: The Multiple Lives and Times of Uya Pawan, Hero of Language Development
Darryl C. Sterk
pp. 113–142
AbstractEN:
Although scholars had been interested in translators’ agency since the 1990s, Andrew Chesterman introduced new terminology when he proposed an “agent model” for “Translator Studies” in 2009. While subsequent studies have shed light on the agency of literary translators, specialized translators have remained in the shadows, including in minority translation studies. This article is a case study of Uya Pawan, a specialized translator who translates ethnobotanical descriptions between Chinese, the majority language of Taiwan, and Sediq, a critically endangered Indigenous minority language spoken in central Formosa. In settler states around the world, in a race against time, heroic minority-language translators like Uya are translating specialized texts to develop ancestral tongues. As a hero of language development through specialized translation, Uya is an agent par excellence. But an agent model for translator studies must be complemented by a structural interpretation of why, what, and how a translator is translating, and with what effect. While Reine Meylaerts conducted such an analysis within a neo-Bourdieusian framework, this article adopts the framework of Anthony Giddens, whose structuration theory better accommodates a heroic view of linguistic history. There are different ways of being a linguistic hero; Uya’s leads not to purism, but rather, surprisingly, to compromise with the majority language.
FR:
Bien que les chercheurs s’intéressent à l’agentivité des traducteurs depuis les années 1990, Andrew Chesterman a apporté une contribution terminologique en proposant un « modèle centré sur l’agent » pour les « translator studies » en 2009. L’agentivité des traducteurs littéraires a été mise en lumière, tandis que les traducteurs spécialisés sont restés dans l’ombre, notamment dans les études de traduction minoritaire. Cet article étudie le cas de Uya Pawan, un traducteur spécialisé qui traduit des descriptions ethnobotaniques entre le chinois, langue majoritaire à Taïwan, et le sediq, une langue minoritaire autochtone en danger critique d’extinction parlée dans le centre de Formose. Dans les états coloniaux du monde entier, engagés dans une course contre la montre, des traducteurs héroïques de langues minoritaires comme Uya traduisent des textes spécialisés pour développer leurs langues. Héros du développement linguistique par la traduction spécialisée, Uya est un agent par excellence. Cependant, un modèle traductologique axé sur l’agent doit aussi comprendre une interprétation structurelle du pourquoi, du quoi et du comment un traducteur traduit, et avec quel effet. Reine Meylaerts a mené une telle interprétation dans un cadre néo-bourdieusien, tandis que cet article adopte celui d’Anthony Giddens, dont la théorie de la structuration s’adapte mieux à une vision héroïque de l’histoire linguistique. Il existe différentes manières d’être un héros; celle d’Uya ne conduit pas au purisme linguistique, mais plutôt, étonnamment, à un engagement envers la langue majoritaire.
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Interpréter pour des migrants : historique, dénominations, perspectives
Charles-Guillaume Demaret
pp. 143–174
AbstractFR:
La demande en interprétation dans les services publics en France n’a cessé de croître depuis 1970, date à laquelle ISM (Inter Service Migrants) Interprétariat, fournisseur de services historique et toujours largement majoritaire sur le marché aujourd’hui, a commencé à proposer de tels services d’interprétation. Depuis 2015, la croissance de cette demande est encore plus forte, à l’exception d’une légère baisse en 2020 due au contexte de la pandémie. Pourtant, le secteur a du mal à se professionnaliser en raison des trop peu nombreuses formations spécifiques et parce que les principales langues de la migration (à l’exception de l’arabe et de l’anglais) ne sont pas celles que pratiquent les interprètes diplômés.
Notre contribution entend exposer l’histoire du métier en France et son évolution, en s’appuyant notamment sur les données d’ISM Interprétariat, mais aussi de clients (Office français de protection des réfugiés et apatrides, 2023; Cour nationale du droit d’asile, 2023), avant d’essayer de nommer cette activité. Celle-ci a connu de multiples appellations en français allant de l’interprétation communautaire à l’interprétation dans les services publics (Pointurier, 2016), en passant notamment par l’interprétation en milieu social (Organisation internationale de normalisation, 2014), l’interprétation de dialogue (Niemants, 2015), l’interprétation en triade (Delizée, 2015) ou même la médiation interculturelle. Nous tenterons de montrer que les multiples appellations en anglais de l’activité (Wadensjö, 1998; Pöchhacker, 2004; Tipton et Furmanek, 2016) ne correspondent pas toujours exactement à leurs traductions respectives en français. Cette « prolifération des étiquettes » (Gambier, 2012) crée de la confusion, aggravée par l’ambiguïté du terme « médiation » (Pöchhacker, 2008), ce qui entrave très fortement la professionnalisation, et ce malgré les efforts en ce sens menés ces dernières années tant par les prestataires de services (Demaret, 2022) que par les universités. Enfin, nous conclurons avec les perspectives et les défis liés à cette professionnalisation.
EN:
The demand for public service interpreting in France has been growing steadily since 1970, when ISM (Inter Service Migrants) Interprétariat, which remains the main service provider on the market today, began offering the service. Since 2015, the demand has continued to grow, except for a slight decline in 2020 due to the pandemic. However, public service interpreting is struggling to professionalize due to the lack of specific training and because the main languages of migration, apart from Arabic and English, are not those used by qualified interpreters.
Our contribution aims to present the history and evolution of the profession in France, drawing on data from ISM Interprétariat and from clients such as the French Office for the Protection of Refugees and Stateless Persons (2023) and the National Asylum Law Court (2023). It will also consider various names for this activity, which range from interprétation communautaire [community interpreting] to interprétation dans les services publics [public service interpreting] (Pointurier, 2016), to interprétation en milieu social [social interpreting] (International Organization for Standardization, 2014), interprétation de dialogue [dialogue interpreting] (Niemants, 2015), interprétation en triade [triad interpreting] (Delizée, 2015) and médiation interculturelle [cultural mediation]. We will attempt to show that the many English names (Wadensjö, 1998; Pöchhacker, 2004; Tipton and Furmanek, 2016) do not always correspond exactly to their translations in French. This “proliferation of labels” (Gambier, 2012) creates confusion, aggravated by the ambiguity of the term mediation (Pöchhacker, 2008). The phenomenon greatly hinders professionalization, despite efforts made in recent years by both service providers (Demaret, 2022) and universities. We will conclude by considering the outlook and challenges related to professionalization.
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Broadening Translation History by Including Absences and Failures. A Failed Proposal for Translation Policy: Insights from the Walloon Congress of 1905
Maud Gonne
pp. 175–205
AbstractEN:
Through the study of the failed attempt at translation policy outlined at the 1905 Walloon Congress (Liège, Belgium), this article seeks to illustrate the complex and paradoxical relationship between cultural minorities and translation policies, while emphasizing the importance of including absences and failures in the history of translation. What did not happen, was not translated, or failed for various reasons can constrain the emergence of socio-cultural reality, and prove relevant in understanding what, conversely, stabilized it in a sustainable way (Marais, 2023). After analyzing the language demands made during the Walloon Congress in the areas of justice, administration, and education, this article examines the delegates’ complex interactions and notable inconsistencies with respect to their translation management, beliefs, and practices. Finally, the study adopts both a vertical and horizontal relational approach, highlighting, on the one hand, competition between minority groups in heterogeneous and diglossic contexts—in particular the Walloon and Flemish linguistic minorities—and, on the other, the threats that official multilingual regimes, like their monolingual counterparts, can pose to a nation’s multilingual ecology.
FR:
À partir de l’étude d’une tentative manquée de politique de traduction, esquissée lors du Congrès wallon de 1905 (Liège, Belgique), cet article illustre la relation complexe et paradoxale entre minorités culturelles et politiques de traduction, tout en soulignant l’importance d’inclure les absences et les échecs dans l’histoire de la traduction. Ce qui, pour diverses raisons, n’a pas eu lieu, ce qui n’a pas été traduit ou les tentatives non abouties de traduction peuvent contraindre l’émergence d’une réalité socioculturelle, et ainsi nous aider à mieux appréhender ce qui, à l’inverse, est parvenu à se stabiliser de manière durable (Marais, 2023). Après une analyse des revendications, formulées lors du congrès relativement à la langue wallonne et à la traduction dans les domaines de la justice, de l’administration et de l’enseignement, cet article examine l’interaction complexe, ainsi que les incohérences notables, entre la gestion, les croyances et les pratiques de la traduction telles qu’elles se sont révélées dans les débats du congrès. De manière générale, cette étude adopte une approche relationnelle à la fois verticale et horizontale, mettant en évidence, d’une part, la concurrence entre les groupes minoritaires dans des contextes hétérogènes et diglossiques – en particulier les minorités linguistiques wallonne et flamande –, et d’autre part, l’écologie multilingue d’une nation qui peut être tout aussi menacée par les régimes multilingues officiels que par les régimes monolingues.
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Multilingual Crisis Communication Beyond Translation: Canadian Lessons from the Pandemic
María Sierra Córdoba Serrano
pp. 207–239
AbstractEN:
This article presents a case study that examines multilingual communication practices in Canada’s Indigenous and non-official languages, as facilitated by Indigenous Services Canada (ISC) and the Public Health Agency of Canada (PHAC) during the COVID-19 pandemic. Despite a lack of reliable language-related data and the absence of a multilingual crisis communication policy framework, these two federal entities integrated a multilingual lens into their multipronged communication strategy, which included but was not limited to translating critical information. Their communication strategy resulted not only in information on a wide range of topics being available in an unprecedented number of languages/dialects, but also in the emergence of bottom-up multilingual communication practices, developed in collaboration with community-based organizations and Indigenous governments, that served to build trust and effect behavioural change. The article further argues that the emergence of these practices can help us to rethink language management in Canada in general and redefine the roles that translation and translators might play in multilingual digital communication, particularly in the age of multilingual artificial intelligence (AI), when language professionals are expected to renegotiate and broaden their professional mandates (Slator, 2024).
FR:
Cet article se penche sur une étude de cas qui examine les pratiques de communication multilingue dans les langues autochtones et d’autres langues non officielles, telles qu’elles ont été facilitées par les Services aux Autochtones Canada (SAC) et l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) pendant la pandémie de COVID-19. Malgré le manque de données linguistiques fiables et l’absence d’un cadre politique de communication multilingue en cas de crise au Canada, ces deux entités fédérales ont intégré un prisme multilingue dans leur stratégie de communication à plusieurs volets, qui comprenait mais ne se limitait pas à la traduction d’informations essentielles. Leur stratégie de communication multilingue a permis non seulement de mettre à disposition des informations sur un large éventail de sujets dans un nombre sans précédent de langues/dialectes, mais aussi de faire émerger des pratiques de communication multilingue ascendantes, élaborées en collaboration avec des organisations communautaires et des gouvernements autochtones, pratiques qui ont permis d’instaurer la confiance et de modifier le comportement de la population. L’article soutient également que l’émergence de ces pratiques peut nous aider à repenser la gestion linguistique au Canada en général, mais aussi à redéfinir les rôles que jouent la traduction, les traductrices et les traducteurs dans la communication numérique multilingue, en particulier à l’ère de l’intelligence artificielle (IA) multilingue où les langagières et les langagiers sont obligés de renégocier et d’élargir leurs mandats professionnels (Slator, 2024).
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La traduction comme geste
Freddie Plassard
pp. 241–269
AbstractFR:
Inspiré de la philosophie du geste de Michel Guérin, le présent article aborde la traduction sous l’angle du geste, à la fois concret et abstrait, physique et mental voire métaphorique. Pour étayer ce point de vue, les propos de traducteurs ou traductologues et la désignation de la traduction dans différentes langues sont passés en revue, avant de procéder à un inventaire sommaire de gestes traductifs mis en évidence par les méthodologies d’étude de la traduction aux différents stades de sa réalisation. Si les études cognitives se focalisent sur les gestes concomitants de la lecture (balisage, écrémage, exploration ou autres) et de l’écriture, les études génétiques portent, elles, sur les gestes propres à l’écriture et c’est sur elle que nous nous appesantirons. En renouant avec une conception instrumentiste de la traduction où traduire est posé comme savoir-faire, le concept de geste permet de rendre compte de l’acte dans sa globalité, mais aussi dans le détail des opérations discrétisées de son effectuation, lesquelles embrayent à leur tour sur la question de leur automatisation.
EN:
Drawing inspiration from Michel Guérin’s philosophy of gesture, this article approaches translation from the perspective of gesture, considered to be at once concrete and abstract, physical and mental, and even metaphorical. To support this point of view, we first review a selection of qualifications proposed by translators and translation theorists, as well as designations of translation in different languages. We then provide a brief inventory of translational gestures as they are revealed by the methodologies used to analyze the various stages and operations involved in producing a translation. While cognitive studies focus on concomitant reading gestures (tagging, skimming, exploration, etc.) and writing gestures, genetic studies focus on writing-specific gestures, upon which we elaborate. Finally, returning to an instrumentalist conception of translation, according to which translating is considered a skill, the concept of gesture enables us to understand the entire translation process, on the one hand, and, on the other, the details of the discrete operations involved in its execution. In turn, this raises the question of their automation.
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Exploring an Ecology of Translation
Kobus Marais
pp. 272–293
AbstractEN:
This paper explores the implications that a biosemiotic theory of translation holds for the debate on ecotranslatology. It considers several current onto-epistemological positions, arguing that some of them are either light on or problematic in their ontology. The paper then considers Kalevi Kull’s four-tier ontology and expands it into a five-tier ontology within which to think about translation and ecology. Relating Kull’s expanded ontology to John Deely’s semiotic realist views, it sets forth a complex onto-epistemology. The paper closes by arguing that translation provides the link between ontology and epistemology as well as between mutually exclusive onto-epistemologies, hence the proposal of a translational ecology.
FR:
Cet article explore la portée et l’impact d’une théorie biosémiotique de la traduction sur le débat écotraductologique. Il offre tout d’abord un examen critique de plusieurs positions onto-épistémologiques actuelles, soulignant que certaines d’entre elles sont tantôt légères, tantôt problématiques en matière d’ontologie. Puis il examine l’ontologie à quatre niveaux de Kalevi Kull et propose l’ajout d’un cinquième niveau qui permettrait de réfléchir à la traduction et à l’écologie. Il relie enfin cette ontologie élargie de Kull aux vues réalistes sémiotiques de John Deely dans le but de développer une onto-épistémologie complexe. En conclusion, l’article affirme que la traduction sert bien de lien entre l’ontologie et l’épistémologie ainsi qu’entre des onto-épistémologies mutuellement exclusives, ce qui donne tout son sens à la proposition d’une écologie translationnelle.
Comptes rendus / Book Reviews
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Martina Della Casa, Enrico Monti, and Tatiana Musinova, dir., Traduire la littérature grand public et la vulgarisation/Translating Popular Fiction and Science, Paris, Orizons, 2024, 296 p.
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Delisle, Jean. Les traducteurs imaginaires. Représentation des traducteurs, traductrices et interprètes dans la littérature québécoise. Québec, Presses de l’Université Laval, coll. « Littérature et imaginaire contemporain », 2024, 278 p.
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Anscombre, Jean-Claude. Dictionnaire contrastif et historique des formes sentencieuses espagnoles et françaises contemporaines. Limoges, Lambert-Lucas, 2024, coll. « La lexicothèque », 774 p.
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B.J. Woodstein. Translation Theory for Literary Translators. London and New York, Anthem Press, 2024, 75 p.