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La taxidermie est une pratique d'entre-mondes. Au service d'une perspective « simple » d'identification et de monstration des espèces en collections dans les muséums ou les cabinets, témoignage de la preuve dans le monde des chasseurs à travers l'alignement des trophées, à l'oeuvre pour la mémoire toujours déçue des compagnons disparus chez les particuliers ou les soigneurs, elle s'élabore toujours à l'interface de plusieurs attentes que le vivant seul pourrait concilier : la vérité du type, la justesse individuée, la grâce d'une rencontre. Qu'elle serve à la reconstitution d'espèces disparues ou à la construction de spécimens chimériques, à la conservation, à la publicité ou au marché kitsch, elle négocie sans cesse entre visible et invisible, elle saisit ce qui s'échappe et le perd dès qu'elle croit se l'être approprié. Elle trouble le regard et autorise un toucher inespéré mais pour le trahir aussitôt. Alors même qu'on s'attendrait à voir cette pratique s'effacer au profit du film, elle rencontre un nouvel engouement. On la trouve de plus en plus souvent intégrée aux dispositifs de l'art contemporain pour servir un discours critique sur la relation au vivant ou l'incarnation revendiquée d'une sensibilité proprement animale. La conscience des extinctions des espèces lui rend des vertus exceptionnelles. Elle est le plus souvent abordée selon sa réception. Mais cette étude s'attache prioritairement à la perspective du taxidermiste lui-même, dans son atelier, aux prises avec les corps, les techniques et les attentes. En Belgique (contrairement à ce qui se passe en France), il n'existe pas de formation au métier : la taxidermie fait l'objet d'une transmission intergénérationnelle dans certaines familles ou d'un compagnonnage où chacun affine ses observations anatomiques, éthologiques et ses compétences pragmatiques au « rendu ». Partant toujours de l'extériorité même du vivant, de l'indice, elle a vu se transformer ses savoir-faire et la demande qui lui était adressée. Elle témoigne des modifications de perception du monde animal comme des régimes d'identification ontologiques des hommes. Qu'est-ce que la pratique de la taxidermie fait au naturalisme dont elle est issue ? Quels liens, quels désirs, quelles connaissances et quelles passions met-elle en jeu ?
Mots-clés : Strivay, affects, animal, anthropologie de la nature, art, artisanat, instauration, ontologies, science, taxidermie, Strivay, Affects, Animal, Anthropology of Nature, Art, Craft, Institution, Ontology, Science, Taxidermy, Strivay, afectos, animal, antropología de la naturaleza, arte, artesanado, instauración, ontologías