FR :
Les emplois au Nunavik sont majoritairement occupés par des travailleurs et travailleuses temporaires provenant du Sud du Québec, une situation découlant des dynamiques coloniales dans l’Arctique canadien. Malgré les défis que cette présence pose pour l’organisation du marché du travail et les relations entre Inuit et Qallunaat (non-Inuit), la compréhension de ces expériences professionnelles demeure limitée. Cet article s’appuie sur des entretiens semi-dirigés menés auprès d’anciens travailleurs et travailleuses qallunaat des secteurs du care (éducation, santé et services sociaux) afin de comprendre leurs perspectives sur leur travail. L’objectif vise à contextualiser leur rôle et leur contribution en interrogeant la manière dont ils et elles construisent leur rapport au marché du travail au Nunavik.
Les résultats révèlent que leur expérience est marquée par le sentiment d’être indispensable au bon fonctionnement du marché du travail au Nunavik. Ce sentiment repose sur une conception des Inuit comme étant dépendants et « en besoin » des Qallunaat, en raison des défis auxquels ils et elles font face et du manque de personnel qualifié dans les services. La construction de ce besoin sert à justifier et légitimer leur présence, tout en atténuant les doutes et l’inconfort liés à leurs effets négatifs. Cette posture découle d’une ignorance structurelle niant les dynamiques de pouvoir et favorisant des logiques de dépendance.
Ce projet met en lumière les représentations de ces travailleurs et travailleuses au sein des institutions du care au Nunavik, révélant comment les dynamiques coloniales de dépendance les avantagent tout en excluant les Inuit des emplois sur leur territoire.
EN :
Jobs in Nunavik are predominantly held by temporary workers from southern Quebec, a situation rooted in colonial dynamics in the Canadian Arctic. Despite the challenges this presence creates for labour market organization and for relations between Inuit and Qallunaat (non-Inuit), these work experiences remain understudied. This article draws on semi-structured interviews conducted with former qallunaat workers in the care sectors (education, health, and social services) to examine their perspectives on their work. The objective is to contextualize their role and contribution by exploring how they construct their relationship to the labour market in Nunavik.
The findings reveal that their experience is marked by a sense of being indispensable to the proper functioning of Nunavik’s labour market. This perception is based on a view of Inuit as dependent on, and “in need of” Qallunaat because of the challenges they face and the shortage of qualified staff in services. The construction of this need serves to justify and legitimize qallunaat presence while easing doubts and discomfort related to its negative effects. This stance stems from a form of structural ignorance that denies power dynamics and reinforces logics of dependency.
This project highlights the representations held by these workers within Nunavik’s care institutions, showing how colonial dynamics of dependency benefit them while excluding Inuit from jobs in their own territory.