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172.Plus d’information
RésuméLa traduction est souvent perçue comme un processus de métamorphose, ou encore comme métaphore (remplacement de l'original) ou métonymie (la substitution d'une partie au tout). Nous proposons un autre modèle pour concevoir les échanges de la traduction fondé sur les processus de métramorphose énoncés par la psychanalyste Bracha Ettinger. Ettinger élargit le champ des interactions en décrivant les rapports mère/enfant prénatal au dernier stade de la grossesse comme une subjectivité fondée sur une rencontre de sujets partiels. Son insistance sur ce qu'elle nomme « la plusieurité », qui précède les positions autonomes du sujet individuel, dépasse la division problématique du Soi et de l'Autre et nous aide à repenser la relation entre texte source et texte cible. Ettinger nous offre la métramorphose « matrixielle », qui, à la différence de la métamorphose, n'implique pas de transformations totales, car elle signale plutôt une expansion ou un développement. Sur le plan textuel, les traductions n'effacent pas leur origine dans des correspondances équivalentes ou des pertes inévitables; elles les prolongent grâce aux échanges où l'origine demeure au sein des traductions. Remplaçant l'équivalence comme but et la fidélité comme éthique de la traduction, un paradigme matrixiel reflète la dépendance du texte source, ainsi que la pluralité de maints textes avant leur traduction. Une pratique de la traduction métramorphique amplifie le texte à traduire en le médiatisant par le biais d'une perception de la différence moins polarisée et plus interreliée, établissant ainsi les bases d'une nouvelle éthique féministe.
Mots-clés : ethics of translation, feminist translation, Bracha Ettinger, metamorphosis, The Uncanny, éthique de la traduction, traduction féministe, Bracha Ettinger, métamorphose, L'Inquiétante étrangeté
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173.Plus d’information
RésuméCet article propose d'évaluer la contribution des traducteurs et théoriciens chinois des années trente et quarante. Je porterai une attention particulière à Lu Xun, que je considère le premier théoricien de la traduction en Chine. Grâce à lui, la Chine est entrée dans sa période moderne en traduction. En plus de prôner la conservation de l'« étrangeté » du texte de départ — un peu à la manière des théoriciens de la traduction de l'Allemagne romantique, de Schleiermacher à von Humboldt, en passant par Goethe —, il a aussi exploré la possibilité d'enrichir la langue chinoise par l'importation de structures et d'expressions « européanisées » dans ses propres traductions. Ce sont ces tendances « décentrées » qui ont permis à Lu Xun de se démarquer de ses prédécesseurs : les théoriciens chinois pré-modernes. D'une part, ces tendances le rapprochent des maîtres à penser de la traductologie tels Nabokov et Benjamin (qui ont mis l'emphase sur l'importance de la méthode littérale en traduction), d'autre part, cette approche le met en relation avec Venuti et Holmes (qui ont mis en relief les processus d'indigénisation et d'exotisation de la traduction).Les idées de Lu Xun ont occupé une place particulière dans le contexte culturel et historique élargi. Des positions semblables avaient été défendues par ses prédécesseurs au début du siècle, mais ces tentatives d'« européanisation » n'avaient malheureusement pas été très populaires à l'époque. Lu, quant à lui, a trouvé de nombreux sympathisants parmi ses amis et collègues qui ont soit : a) suggéré une européanisation approfondie ; b) préféré une européanisation limitée. Par contre, d'autres auteurs contemporains ont formulé de fortes objections. Parmi eux, on retrouvait ceux qui : a) préféraient l'usage d'une langue inspirée du parler populaire ; b) proposaient plutôt d'apprendre la langue étrangère afin de lire le texte original. Mon article se penche longuement sur les débats entre ces théoriciens et tente de les mieux comprendre à la lumière de la traductologie occidentale contemporaine.
Mots-clés : Chinese translation theory, literalism, foreignization, modernity, Lu Xun, Théorie de la traduction en Chine, littéralisme, traduction éthique, modernité, Lu Xun
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174.Plus d’information
Le manque d'intérêt pour les origines culturelles de la réflexion théorique sur la traduction, voire la dissimulation de ces origines, est un thème récurrent dans les écrits de Daniel Simeoni. Partant de cette question et du malaise suscité par certains postulats universalistes, le présent article examine les pratiques et réflexions traductionnelles qui émergent à l'ère du numérique. Les différentes pratiques de traduction à l'âge de l'automatisation et de la semi-automatisation sont analysées selon l'opposition entre deux types de réflexions sur la traduction – l'une axée sur le « volume », l'autre axée sur le « détail » – réflexions sous-tendues par des approches très distinctes à la question des universaux. La popularité croissante de la traduction « qui va à l'essentiel » (gist translation) fait resurgir l'importance stratégique du détail dans la pratique de la traduction. La tension entre un universalisme « facile » et un universalisme « difficile » est liée à des rapports de pouvoir et d'influence desquels la pratique de la traduction et la réflexion sur la traduction ne sont pas immunes. Afin de mieux comprendre les implications d'un « universalisme difficile » pour la pratique et la réflexion traductionnelles, la notion « d'écart » (gap) est proposée et comparée à celle de « différence ». L'article montre que la notion d'« écart » permet d'éviter la tendance réifiante qui sous-tend souvent l'invocation de la différence, et invite non pas tant à célébrer l'identité qu'à cultiver la fécondité. Dans cet esprit, les traducteurs abordent les langues et les cultures non pas tant comme valeurs que comme ressources. Comment situer ces écarts reste un éternel sujet de conjectures ; mais en ce qui concerne les pratiques de traduction à l'ère du numérique, une attention particulière doit être portée aux débats sur la question de la qualité et sur ce que signifie la qualité.
Mots-clés : translation, technology, universalism, identity, culture, traduction, technologie, universalisme, identité, culture
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178.Plus d’information
Cet article veut envisager la narrativité critique du double point de vue de la composante narrative de la critique littéraire et de la dimension critique du récit. Au moyen d'exemples tirés du corpus québécois récent, il s'agit d'établir le rapport entre argumentation et narration dans ces deux types de textes. Devrait ainsi apparaître la tendance actuelle de la critique et du récit à s'hybrider, à se déverser l'un dans l'autre, la critique délaissant une certaine orthodoxie structuraliste pour s'approprier un savoir de fiction, le récit faisant largement accueil au discours de la critique pour ainsi proposer une fiction de savoir.
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