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1102.Plus d’information
Les petits poèmes en prose réunis dans Le Spleen de Paris ont été composés à la toute fin des années 1850 et dans la première moitié des années 1860, une période où la presse connaît un réel essor et une profonde transformation. De plus, ces textes ont été pour la plupart d'entre eux publiés dans des revues et des journaux. Or, il est possible de montrer qu'il y a eu une double influence de la presse sur la genèse des petits poèmes en prose. D'un côté, les conditions matérielles dans lesquelles travaillaient les journalistes se reflètent pour partie dans la thématique du recueil, dans la mesure où Baudelaire y puisait des représentations propres à nourrir sa réflexion sur le statut du poète et de la poésie dans la société moderne. D'un autre côté, les pratiques d'écriture et les contraintes génériques des différents genres journalistiques se retrouvent en partie dans les poèmes du Spleen de Paris, même si l'on ne saurait réduire ces textes à des articles de journaux.
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1103.Plus d’information
Plusieurs des romans de Boubacar Boris Diop s'organisent autour d'un personnage féminin énigmatique, à la fois au centre et en marge du récit. Cet article porte en particulier sur Johanna Simentho, Khadidja et Mumbi Awele, figures d'exception dans un univers romanesque qui semble souvent incohérent. Elles jouent en effet un rôle clé dans les fables politiques des romans de Diop dont elles marquent une certaine évolution. Ainsi, alors que la reine Johanna incarne la critique du néocolonialisme, Khadidja, la conteuse, permet de questionner les mythes qui entraînent les peuples dans des guerres meurtrières. Mumbi Awele, l'artiste, se présente, dans ce contexte, comme la figure de la justicière, esquissant une voie d'issue de ces configurations traditionnelles où héros sauveurs et monstres s'affrontent continuellement.
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1104.Plus d’information
En raison d'un sentiment d'illégitimité à vivre, de difficultés à braver les normes et de l'effritement du capital de résilience face aux rejets et discriminations, des personnes trans de tous âges et de tous milieux renoncent à la vie en se suicidant. D'autres sont assassinées et viennent allonger la liste des victimes de transphobie. Ces personnes font l'objet de réassignations post-mortem, dont on trouve des traces depuis le ive siècle. Le sujet demande d'être abordé avec précaution car ces expériences de vie sont liées au genre et plus précisément au franchissement de genre, pour des personnes qui correspondent peut-être aux cas de figure que l'on comprend au xxe siècle sous le terme transgenre. Dans cet article, nous nous proposons d'interroger des franchissements de genre à travers les âges en mesurant les effets des réassignations post-mortem, voire des effacements, à l'aide d'exemples. Les réassignations et leurs conséquences seront aussi décrites et analysées à partir de contenus identifiés dans les médias contemporains, particulièrement quand la mort de personnes trans est traitée dans le registre du fait divers et quand le genre devient un outil de mise en scène. La proposition d'ouverture à l'intersectionnalité a pour objectif de montrer que le traitement médiatique et les réassignations post-mortem révèlent la persistance des inégalités parfois même sous de nouvelles formes.
Mots-clés : trans, mort, suicide, crime de haine, médias, actualités, traitement médiatique, trans, death, suicide, hate crime, media, news, media's treatment, trans, muerte, suicidio, crimen de odio, medios, actualidades, tratamiento mediático
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1105.
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1107.Plus d’information
Le Groupe de Recherche sur l'Inscription sociale et identitaire des Jeunes Adultes (GRIJA) est engagé depuis une vingtaine d'années dans des travaux de recherche qualitative explorant l'expérience subjective de jeunes adultes en situation de grande précarité. L'exercice de synthèse proposé ici examine l'angle de l'inscription comme fil rouge et pivot de nos conceptualisations progressives: inscription centrale et marginale, humaine et sociale, filiale et citoyenne, signant existence et identité, engageant sujet et chercheur.
Mots-clés : Inscription, itinérance, marginalisation, subjectivation, recherche qualitative, Inscription, homelessness, marginalization, subjectivation, qualitative research
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1108.Plus d’information
L'énoncé de « pratiques à risque » et de pathologies à propos du « transsexualisme » tend à maintenir le contexte d'une norme de santé sur la base d'une majorité « normale » expurgée des singularités minoritaires et générant des politiques ciblées mais conditionnelles, délivrées à partir d'expertises. Leur justification économique permet de dissimuler la violence des dimensions idéologiques qui s'affrontent de part et d'autre du « sain » et du « pathologique ». Les trans sont au centre de ces deux conceptions et semblent en payer le prix. D'un côté une vision tolérante (luttes contre les discriminations, égalité des droits) de l'autre une vision pathologisante conditionnant le cadre de la prise en charge et composant une « prise en charge » définie à partir d'une conception psychopathologiste protégée par un « bouclier thérapeutique » et les normes binaires de genre.
Mots-clés : transsexualisme, bouclier thérapeutique, protocoles hospitaliers, dépsychiatrisation, normes de santé et de genre, transsexualism, therapeutic shield, hospitable protocols, de-psychiatrisation, standards of health and gender
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1109.Plus d’information
Cet article propose une étude comparée entre les derniers romans de Léonora Miano (Crépuscule du Tourment, deux tomes) et ceux de Virginie Despentes (Vernon Subutex, trois tomes), oeuvres qui se rejoignent dans le « dérangement » des normes, tant sociales que littéraires – notamment romanesques – qu'elles instaurent. La représentation de la masculinité dans ces oeuvres en est un exemple, d'autant plus qu'elle croise tour à tour la question de la classe et celle de la race. Il s'agira de montrer comment, en puisant dans les marges, tant esthétiques que culturelles, ces fictions proposent des alternatives à ces formes de conditions multiples et comment elles instituent finalement des espaces d'émancipation pour les personnages, leurs auteures et plus globalement pour les instances de réception.
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1110.Plus d’information
Cet article prend le parti de lire Sucker Punch (Coup interdit, 2011), de Zack Snyder, à contre-courant des critiques qui n'y ont vu qu'un film miné par des incohérences et un scénario sans profondeur. À partir de l'analyse d'un délire diégétique, l'auteur met en lumière des indices qui l'amènent à élaborer une interprétation à rebours du récit, sur le modèle de l'analyse qu'effectue Pierre Bayard (1998) du Meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie. Avec l'aide de la phénoménologie de Michel Henry est mise au jour une réflexion sur le caractère nécessairement subjectif, trompeur, de la narration filmique, qui invite à concevoir un twist structurant le récit : soit à considérer l'existence de l'héroïne (Babydoll) comme illusoire au profit d'un personnage secondaire (Sweet Pea), selon un procédé de dédoublement de la personnalité visant à mettre à distance un vécu traumatique. Cela fait de Sucker Punch une oeuvre qui interroge en profondeur les potentialités de l'imaginaire et propose, en creux, une réflexion sur les enjeux du septième art, en cette ère de développement sans précédent des effets numériques.